Avant de commencer, je souhaite vous mettre en garde : certains propos de cette page peuvent être troublants et/ou choquants.
Mon intention n’est pas de réveiller des traumatismes, mais de partager des pistes de guérison issues de mon propre cheminement.
Dans cet article, je partage mon témoignage sur les violences sexuelles et l’amnésie traumatique. Mon intention est d’aider les personnes concernées à comprendre ce qu’elles vivent et à entrevoir qu’un processus de guérison est possible. Il est important de comprendre que chacun a son propre parcours et à son rythme.
Mon histoire et le silence intérieur
Au cours des dernières années, j’avais fait un certain nombre de cauchemars sans vraiment avoir de réelles compréhensions, bien que je sentais au fond de moi, qu’il y avait quelque chose de sous-jacent qui se tramait. J'avais le souvenir d’un «événement» avec un homme, survenu dans mon enfance qui me hantait, mais j'avais "travaillé" dessus avec une thérapeute (plusieurs années auparavant) pour tenter d’éclaircir ce qui avait pu se passer, et rien n'était remonté alors j’avais remis cela «sous le tapis», en me disant que cela ne devait pas être si grave.
Je tiens à insister sur le fait qu’il s’agit de mon parcours personnel. Comme je l’ai évoqué, ce type de traumatisme peut être vécu comme une bombe à retardement : il est essentiel d’en être réellement conscient, j'insiste bien sur -réellement-.
Au deuxième semestre 2023, les choses ont pris une autre tournure. Pendant des mois, je revivais un stress post-traumatique à travers des cauchemars de plus en plus intenses. Ils me plongeaient dans la terreur, réveillaient des peurs, des angoisses, des sensations corporelles d’oppression, d’étouffement, des tremblements imprévisibles et incontrôlables… L’idée même d’aller me coucher devenait une source d’angoisse : je vivais un véritable enfer.
Les nettoyages énergétiques réalisés auparavant (en lien avec la magie noire), les séances d’hypnose, les soins et les méditations que j’avais entrepris dans cette quête inconsciente de réponse, allaient malgré tout porter leurs fruits. Une nuit, l’image de moi recroquevillée sur mon lit m’est revenue en flash, accompagnée d’une sensation de panique, de peur et d’irréalité. Mes nuits étaient courtes et très agitées, marquées par un profond sentiment de honte, une forme de dissociation de mon corps, des malaises avec tachycardie, et cette impression d’être totalement figée. Cette histoire vécue dans mon enfance était de plus en plus présente dans ma tête mais il manquait une pièce au puzzle.
Le début de mon parcours de guérison
Avec le recul, je pense que c’est à partir de ce chapitre que mon véritable parcours de guérison a commencé. Guidée vers le livre de Stéphane Allix (merci à lui), « Nos âmes oubliées », j’ai fait un premier pas important. Cette lecture m’a profondément chahutée, et je poursuivais ma quête avec beaucoup de prudence, car j’avais la sensation de marcher sur un véritable champ de mines. Je souhaitais comprendre pourquoi je n’arrivais pas à me souvenir de ce qu’il s’était réellement passé. Je connaissais son nom, je me souvenais de la façon dont il m’avait manipulée pour que je le suive dans une ruelle sans issue, mais au-delà de cela, c’était le trou noir.
L’été 2022, j’étais retournée sur les lieux. J’y avais ressenti une forte angoisse, de la panique, mais aucune image ne m’était venue ; ma voix intérieure me disait de fuir. Un travail inconscient se faisait déjà en profondeur, et j’avais l’impression que mon cerveau me criait : « J’en peux plus ! », mon enfant intérieur était en souffrance.
Après des recherches, j’ai enfin pu mettre des mots sur ces maux : amnésie traumatique et dissociation. Le fait d’y mettre des mots a été pour moi une grande avancée : je n’étais pas folle, ce n’était pas « du délire », ce n’était pas une maladie. C’était cet événement, et le traumatisme était tel que mon cerveau avait mis en place un verrouillage pour me protéger. Je ressentais malgré cela une colère intérieure de ne pas me souvenir (je comprendrais plus tard qu’il valait mieux que les choses se fassent ainsi).
J’avais besoin de poursuivre ce processus et d’obtenir davantage de compréhensions. J’ai commencé à regarder des reportages, à écouter des témoignages, et mon corps réagissait de plus en plus : je me sentais « saturée », et pourtant j’y aller doucement. D’une manière générale, tout devenait de plus en plus compliqué, car mon cerveau commençait à se déverrouiller, et mon corps, lui, s’exprimait de façon de plus en plus douloureuse. L’angoisse et la peur étaient très présentes.
Le choc de la prise de conscience
Peu à peu, au milieu de cette saturation et de ces peurs, quelque chose a commencé à se clarifier en moi. À force d’écouter des témoignages et de m’informer, j’ai compris que mes réactions n’étaient pas «anormales» : elles étaient le langage de mon corps et de mon cerveau qui tentaient enfin de remettre du sens là où il n’y avait que du chaos.
Je me suis intéressée au travail de Muriel Salmona, qui est pour moi une référence dans le psycho-traumatisme ; j’ai alors regardé un certain nombre de ses séminaires accessibles en ligne, et cela m’a permis d’y voir un peu plus clair sur les mécanismes mis en place par le cerveau. D’une certaine manière, je démarrais là ma thérapie. Ce traumatisme avait été tellement intense que mon cerveau s’était mis en « off ». Cette nouvelle façon de comprendre les choses apaisait un peu ma colère face à cette non-souvenance.
Je réalisais que l’amnésie traumatique et la dissociation n’étaient pas des faiblesses, mais des mécanismes de survie mis en place pour me protéger. Cette compréhension a été une étape importante, au lieu de me voir comme « défaillante », j’ai commencé à reconnaître la force avec laquelle mon être avait essayé de me préserver.
Petit à petit, mon inconscient et mon corps me donnaient des informations par réminiscences : je ressentais, dans certaines parties de mon corps et dans mon esprit, des fragments de ce qu’il s’était passé. Ce furent des moments très difficiles, car ces réminiscences pouvaient surgir à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, déclenchées par des mots, des gestes, des situations du quotidien.
Se reconstruire après la révélation
Quelques jours plus tard, le « hasard » a fait que j’ai découvert l’association « L’Enfant Bleu », avec laquelle j’ai pris contact. Dans les semaines qui ont suivi, c’était toujours la même personne qui me rappelait : j’étais écoutée, entendue, mais aussi conseillée, et j’obtenais des réponses sur certains mécanismes que j’avais adoptés à la suite de ce traumatisme. J’ai réellement ressenti de l’implication et une bienveillance qui m’ont réchauffé le cœur. Je prenais peu à peu conscience que j’étais une victime, et c’est très important de le voir, et surtout de se l’entendre dire, non pas par pitié, mais pour mettre des mots justes sur ce qui s’est passé.
J’ai également ressorti des photos de moi à l’âge que j’avais à l’époque, pour me rendre compte de la petite fille que j’étais. Même si j’en avais « connaissance » aujourd’hui avec ma tête d’adulte, il était essentiel de remettre l’événement dans le contexte de l’époque, de voir à quel point j’étais petite et vulnérable.
Souhaitant entamer un processus plus approfondi, je me suis tournée vers quelques institutions et j’ai été confrontée à la réalité de la situation : je me suis rendu compte qu’il y a un immense travail à faire dans la prise en charge des victimes, aussi bien sur le plan psychologique que juridique. On se retrouve, d’une certaine façon, assez isolé(e), il a un gros manquement.
J’ai donc poursuivi mes recherches pour me faire accompagner psychologiquement et il était important pour moi, de choisir une personne spécialisée en psycho-trauma (dans la continuité de ce que j’avais découvert avec le travail de Muriel Salmona). J’ai fait des recherches et trouvé, sur le site Ameli, un dispositif « Mon soutien psy », qui référence une liste de psychothérapeutes pris en charge selon certaines modalités. J’ai donc pris le temps de consulter le détail de leurs spécialités, via les sites où ces informations étaient accessibles. À mes yeux (cela reste mon avis), un accompagnement psychologique est vraiment souhaitable dans ce type de parcours.
C’est au cours de la 3ᵉ séance avec la psychothérapeute, dans un cadre sécurisant, que j’ai vécu la plus grande reviviscence de ce qui s’était passé : le plus gros déverrouillage. Tout était là, mon cerveau avait tout gardé : ses paroles, ses gestes… Un véritable cauchemar. J’étais complètement dissociée, comme « shootée » ; je revivais l’événement hors de mon corps, coupée de mes sensations. Je n’étais plus rien, j’étais personne, j’étais sa proie…
Le cheminement que j’avais fait jusqu’à ce jour-là m’a permis de mettre enfin des mots sur ce que j’avais vécu : l’impensable. Il fallait être prête… et en même temps, je ne sais pas si l’on est un jour vraiment prête à cela. J’avais 6 ans, j’avais subi un viol et un chantage cruel envers des animaux. En respectant mon rythme lors de cette séance, la psychothérapeute m’a aidée à revenir dans l’instant présent et à remettre cet événement à sa juste place : dans le passé.
Du silence à la parole : m’entourer et retrouver la lumière en moi
J’ai eu besoin d’une reconnexion à mon corps (tapping, « nettoyage à sec »), et je me suis également tournée vers des soins énergétiques et des massages. Par respect pour moi-même et pour mon corps, j’ai informé les praticiennes de ce que j’avais subi. Le fait de le verbaliser a été important : cela installait un climat de confiance, et c’était exactement ce dont j’avais besoin. Lorsque je le ressentais nécessaire, j’en parlais aussi aux autres professionnels que je consultais à cette période (kiné, ostéopathe).
J’ai également intégré un groupe de paroles, ce qui a poursuivi le travail de libération verbale et m’a apporté un véritable appui dans mon cheminement de guérison.
Nous vivons dans une société patriarcale, et il ne faut pas se le cacher : c’est un sujet encore tabou, avec une culture du viol bien présente.
Et petit à petit, j’ai également commencé à faire des liens sur les conséquences de ce traumatisme : le mental toujours en alerte, la difficulté à lâcher-prise, les blocages, certaines réactions, les abus que j’ai pu revivre, les relations avec les hommes de manière générale. Ma sphère personnelle, amicale, professionnelle, sociale, ainsi que mes relations amoureuses, tout avait été impacté. Une libération karmique que j’ai effectuée m’a aussi aidée à prendre conscience de ces schémas et à les transformer.
Je vous mets en lien une vidéo qui m’a aidée à sortir de la culpabilité (à remettre dans votre propre contexte).
Refermer ce chapitre et semer des graines de guérison
Aujourd’hui, je parviens à prendre davantage de distance par rapport à cet événement. Ce que j’ai vécu m’appartient, et surtout, je n’ai rien à prouver. Cela fait partie de ma vie, certes, mais je n’ai plus envie de le nourrir.
En espérant que cette lecture vous aura été salutaire,
et vous aura apporté un peu de clarté et de réconfort,
Prenez soin de vous.
https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/memoire-traumatique.html
https://fncidff.info/trouver-mon-cidff/

